samedi 21 août 2010

La leçon de politique que nous donnent les Rroms.


Le collectif de soutien aux familles rroms de Roumanie, qui n'a pu se réunir, ces dernières semaines, n'est pas engagé par le texte qui suit et qui est offert à la réflexion de tous. Il appartient à son auteur, auteur de la thèse de doctorat : "les interpellations tsiganes de la philosophie des Lumières", qui, ici "se mouille" et engage un débat.

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Prenons garde ! Les Rroms sont mis à la mode ! On a fait d'eux un sujet médiatique. Les journalistes en raffolent. Les ennemis politiques de Sarkozy trouvent là un sujet de dénonciation bien pratique. On ne parle pas, en réalité, des Rroms ou des "gens du voyage" (qu'il vaut mieux appeler les Voyageurs français), on parle de la dernière bourde "sécuritaire" du Gouvernement.

Ce n'est pas sur ce plan que nous avons à nous placer ! Oublions Sarkozy, bien avant que l'histoire ne l'oublie, et pensons politique, c'est-à-dire : regardons loin devant nous.

Et que voyons-nous alors ? Que la fièvre médiatique retombée, on ne parlera plus des Rroms mais que leurs problèmes resteront, aggravés par les décisions folles et irresponsables prises, au cours de cet été 2010 maudit, pendant lequel, sans que nous puissions l'empêcher, tout a semblé possible à l'encontre de familles rroms impuissantes !

Que voyons-nous encore ? Que le peuple rrom, méconnu, restera méconnu si nous ne le faisons pas connaître, et que mieux connaître les Rroms, c'est mieux nous connaître nous-mêmes. "Rrom" veut dire homme, l'espèce humaine, mais également un homme authentique, responsable, qui mérite de laisser une trace dans l'histoire.

Que voyons-nous, au-delà des apparences du moment ? Que les Rroms sont, comme la totalité des peuples du monde unis et divers. Dans une même famille, il y a plusieurs fratries. Confondre l'unité d'un peuple avec l'unité de son territoire ou de ses coutumes, c'est faire le lit des nationalismes. La "nation sans territoire", les Rroms, nous offre une possibilité d'ajouter à notre pensée une autre référence politique : nous sommes des citoyens du monde qui peuvent, en même temps, vivre en Europe dans la cohérence et la différence. Le modèle français actuel de l'État-nation ne le permet pas, mais il est, silencieusement, mis en questions par les Rroms. Des hommes politiques français, des adversaires intelligents, l'ont bien compris et veulent extirper ce virus politique antinational de notre pays. Les nazis, déjà, avaient compris qu'il fallait éradiquer ce principe. Nous n'en sommes pas à la destruction physique des Rroms, ces contestataires-nés, mais nous les expulsons croyant ainsi nous expurger...

Que voyons-nous, pour l'avenir, dans ce présent brutal ? Qu'on a voulu installer la confusion entre les différentes composantes du peuple du Voyage, qui, d'ailleurs, ne voyagent pas toutes, ou qui portent en elles une tout autre conception du voyage que celle du touriste ou du nomade. Français ou étrangers "les Tsiganes" dérangent. Ils portent en eux un danger pire que la délinquance dont on les suspecte. Aux yeux des penseurs de la droite extrême aux commandes (peu différente, en fait, de l'extrême-droite), ils sont des propagateurs d'insoumission qui font obstacle à l'intégration dans le modèle économique et social dominant. Il faut donc les réduire.

Que voyons-nous, enfin, pour nourrir les luttes contre l'antitsiganisme ou la romaphobie en plein essor, en France, mais en bien d'autres pays d'Europe aussi ? Que nombre de ceux qui hurlent contre la politique anti-Rroms de Sarkozy la pratique dans leurs communes ! La leçon à tirer de cette polémique de juillet-août 2010, c'est que, derrière les mots, il y a des volontés politiques. L'avantage de l'actuelle politique tient à ceci : elle dit et fait exactement ce que nous refusons. C'est plus facile à dénoncer ! Mais prenons garde aussi à ceux qui hurlent avec les loups, si c'est leur intérêt, autant qu'avec les brebis. C'est dans chaque ville, chaque département qu'on peut voir et juger l'attitude réelle des "décideurs" vis-à-vis de cette population mal aimée qui ne comprend pas seulement des musiciens de génie (ça, on l'accepte, et même on s'en réjouit), mais qui vit autrement que nous pensons qu'il faut vivre (et ça, c'est bien plus difficile à admettre).

Quelle leçon de politique les étrangers rroms et les Français voyageurs auront, bien malgré eux, donné, cette année, au peuple français !

Jean-Pierre Dacheux

http://rinchibarno.free.fr/spip/IMG/jpg/Carte_hortefeux.jpg
Cela ne date pas d'hier...

dimanche 15 août 2010

Aller où... ? Les "gens du voyage" se crispent.

Cela devait arriver. Les Voyageurs ne se laisseront pas faire.

http://www.artisho.com/I/gal/1507/gal_9205.jpg

La politique du pouvoir engendre des conflits. Durant l'été, les rassemblements religieux et les retrouvailles familiales rapprochent des communautés de Voyageurs. La confusion entre Roms étrangers (les premiers visés) et les "gens du Voyage" conduit à des tensions.

Si les Rroms étrangers s'inclinent (pour tenter de se regrouper ailleurs), les Tsiganes français ne vont pas se laisser bousculer sans réagir ! Ce qui se passe à Bordeaux est très instructif : on n'installe pas des caravanes où l'on veut sans se mettre d'accord avec les intéressés. Les familles qui vivent en habitat mobile ne sont pas des vacanciers qui bougent en fonction de leurs désirs et centres d'intérêt du moment. C'est "leur maison" qui est déplacée !



D'après France-Info :
Bras de fer entre gens du voyage et autorités à Bordeaux

La situation reste tendue à Bordeaux, où la circulation a été bloquée, pendant plus de 4 heures, par une cinquantaine de caravanes de "gens du voyage".

C’est la première action d’envergure depuis que le gouvernement a annoncé des mesures contre les Roms et les gens du voyage. Hier, à Bordeaux, 140 familles ont décidé de protester contre l’emplacement choisi par la mairie. Évacués dimanche matin d’un camp situé à Anglet, dans les Pyrénées-Atlantiques, les voyageurs voulaient s’installer sur le terrain du Parc des sports, près de la zone commerciale de Bordeaux-Lac. Refus de la mairie, qui propose le parking du parc des expositions situé à proximité.

Un parking sans eau et sans électricité, selon les gens du voyage qui décident de faire part de leur colère en bloquant l’accès au pont d’Aquitaine, créant plusieurs kilomètres de bouchons. La médiation n’a eu aucun succès, et la situation a donné lieu à quelques échauffourées.

Aucune solution n’a été trouvée et les 140 familles ont passé la nuit sur les axes menant au parking qui leur avait été réservé par les autorités, en face du terrain où ils comptaient stationner.

Le président de l’Association de la vie du voyage James Dubois assure qu’il compte déposer aujourd’hui un référé liberté devant le tribunal administratif. "On va aller porter plainte contre la mairie de Bordeaux qui n’a pas d’aire de grand passage".

Plus d'info sur : http://www.aqui.fr/politiques/a-bordeaux-bras-de-fer-entre-les-autorites-et-les-gens-du-voyage,3616.html

Les reproductions sont de l'artiste Gabi Jimenez

vendredi 13 août 2010

Le gouvernement français met la France au ban des nations !

http://www.ouest-france.fr/photos/2010/08/12/100812180446704_42_000_apx_470_.jpg
Le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale a entendu, mercredi, les représentants du gouvernement français. Il s'est inquiété d'une " recrudescence du racisme et de la xénophobie "

Genève Correspondance. Le Monde.
La France était appelée, mercredi 11 et jeudi 12 août, à rendre des comptes devant le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU (CERD). Cet examen intervient quinze jours après le discours de Nicolas Sarkozy sur le possible retrait de la nationalité française à " toute personne d'origine étrangère " qui aurait assassiné un fonctionnaire de police et sur la nécessité de démanteler 300 campements illégaux de Roms. Quelques mois, aussi, après le " débat sur l'identité nationale ".
Les dix-huit experts du comité qui passent périodiquement au crible les cent soixante-treize Etats qui ont ratifié la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale ne se sont ainsi pas privés d'adresser un feu de critiques à la France, pointant une " recrudescence notable du racisme et de la xénophobie ", comme l'a exprimé l'expert togolais, Ewomsan Kokou.
Mercredi après-midi, à l'ouverture de la séance, une excitation inhabituelle régnait au Palais Wilson, les organisations non gouvernementales (ONG) étant bien décidées à profiter de l'occasion pour dénoncer l'inquiétante " baisse de régime des politiques françaises en matière de lutte contre le racisme ", comme le résume Malik Salemkour, le vice-président de la Ligue française des droits de l'homme (LDH).
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La France était appelée, mercredi 11 et jeudi 12 août, à rendre des comptes devant le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU (CERD). Cet examen intervient quinze jours après le discours de Nicolas Sarkozy sur le possible retrait de la nationalité française à " toute personne d'origine étrangère " qui aurait assassiné un fonctionnaire de police et sur la nécessité de démanteler 300 campements illégaux de Roms. Quelques mois, aussi, après le " débat sur l'identité nationale ".


Les dix-huit experts du comité qui passent périodiquement au crible les cent soixante-treize Etats qui ont ratifié la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale ne se sont ainsi pas privés d'adresser un feu de critiques à la France, pointant une " recrudescence notable du racisme et de la xénophobie ", comme l'a exprimé l'expert togolais, Ewomsan Kokou.


Mercredi après-midi, à l'ouverture de la séance, une excitation inhabituelle régnait au Palais Wilson, les organisations non gouvernementales (ONG) étant bien décidées à profiter de l'occasion pour dénoncer l'inquiétante " baisse de régime des politiques françaises en matière de lutte contre le racisme ", comme le résume Malik Salemkour, le vice-président de la Ligue française des droits de l'homme (LDH).


Paris avait choisi d'envoyer à Genève une délégation de hauts fonctionnaires des ministères de l'intérieur, de l'immigration, de la justice et des affaires étrangères. Pour alimenter les débats, un rapport de 88 pages, datant de mars 2009, a été produit sur les progrès accomplis depuis 2005, année du dernier passage de la France devant le CERD. Le comité avait à l'époque relevé les discriminations envers les Roms, les " gens du voyage " et les " populations issues de l'immigration ", émettant des recommandations.


Le rapport français énumère, entre autres, la création des commissions pour la promotion de l'égalité des chances et de la citoyenneté (Copec), de pôles antidiscrimination au sein de chaque tribunal de grande instance et d'une Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances, ainsi qu'un renforcement des pouvoirs de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde). Prenant par surprise tout l'auditoire, la délégation française a aussi annoncé la préparation d'un " plan national de lutte contre le racisme ".


Mais malgré cette multitude d'instruments et d'initiatives, l'Américain Pierre-Richard Prosper, rapporteur du groupe, s'est inquiété d'un " manque de vraie volonté politique " au sommet de l'Etat français, évoquant les " efforts politiques " pour priver certains Français d'origine étrangère de leur nouvelle nationalité. " Il y a une contradiction entre l'image exportée à l'étranger et la réalité sur le terrain (...). Il est temps que vous fassiez vivre les rêves d'égalité et de fraternité ", lançait-il.


Plusieurs experts ont demandé si les propos de Nicolas Sarkozy étaient compatibles avec la Constitution française. " Je ne comprends pas ce qu'est un Français d'origine étrangère ", reconnaissait un expert turc. Une experte du Burkina Faso, visiblement émue, confiait qu'il était " difficile de parler de la France que l'on connaît trop bien et que l'on reconnaît peu ".


Plusieurs interventions ont également porté sur la discrimination des Roms, ces citoyens européens, pour la plupart Roumains et Bulgares, dont le rapport français ne dit pas un mot. Le chef de la délégation française s'est efforcé, oralement, de combler le vide, reconnaissant qu'ils rencontraient d'" importantes difficultés sur notre territoire national ", mais que la cause du problème était " le défaut d'intégration de ces populations dans leurs pays d'origine ".


Le rapport français énumère en revanche les actions entreprises pour les " gens du voyage " qui, comme l'ont estimé les experts n'ont pas fait disparaître les graves discriminations dont ils sont la cible. Juste avant l'ouverture des débats, Milo Delage, vice-président de l'Union française des associations tziganes, avait, dans une réunion informelle avec les experts, sorti de sa poche son " carnet de circulation ", document que les gens du voyage doivent régulièrement faire viser par la police, et qui ne donne pas le droit de s'inscrire sur les listes électorales. Il rappelait que 20 % des communes seulement avaient respecté leurs obligations en matière de mise à disposition d'aires de stationnement.


Jeudi, la France devra répondre à ces interrogations. Puis, dans une dizaine de jours, le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale rendra ses recommandations.

Agathe Duparc

Voir : http://www.lepoint.fr/societe/l-onu-denonce-une-recrudescence-notable-du-racisme-en-france-11-08-2010-1224252_23.php
Voir aussi la presse suisse :
http://m.letemps.ch/Page/Uuid/258fa3d8-a6a6-11df-aeb8-0c7af7c72949/Un_comit%C3%A9_de_lONU_pilonne_les_discriminations_en_France




  • Les Roms pris en filature après les gardes à vue
Présente à Genève avec un solide " rapport alternatif " destiné aux experts du Comité pour l'élimination de la discrimination raciale (CERD) de l'ONU, la ligue des droits de l'homme (LDH) s'inquiète des mesures anti-Roms prises par le gouvernement français. Il y a quelques jours, l'organisation non gouvernementale française a appris de source policière que la direction de la police des transports d'Ile-de-France avait demandé que, à l'issue de leurs gardes à vue, les Roms soient l'objet de filatures. Les hommes de la brigade anticriminalité (BAC) ont été réquisitionnés dans une opération baptisée " Ariane ". " Il s'agit de procédures liées à l'origine ethnique, et dont le seul but est d'identifier les lieux de vie des Roumains, pour ensuite les démanteler ", proteste Malik Salemkour, vice-président de la LDH. - (Corresp.)




jeudi 12 août 2010

"Dénoncer l'anti-tsiganisme sans s'attaquer à ses racines ?"

Martin Oliveira nous interpelle. Il pose des questions qu'il nous faut résolument aborder. Ce qui est paru dans Le Monde oblige à prendre position, notamment, sur l'européanité des Rroms et la réalité d'une ethnie rrom (voir les phrases que nous soulignons). Nous ouvrirons cet utile débat car, s'il n'y a pas de "moule" européen, il y a bien, selon nous, une réalité plurielle européenne constituée par les Rroms dans toute leur diversité. De même, si l'entité ethnique des Rroms n'est pas évidente, elle n'en est pas moins à considérer, comme le fait Claire Auzias, si l'on n'a pas de l'ethnie la définition quasi raciste qu'on lui donne en France, en dépit des travaux de Pierre Clastres et notamment sa conception de l'ethnocide (un meurtre culturel systématique auquel pourrait être associée l'intégration).

Oui, utile et indispensable débat, mais dans lequel nous avons honte d'entrer, en ce moment, en pleine campagne romaphobe, comme si ces questions ne s'étaient pas posées bien avant, alors que "40 camps de Roms ont été démantelés en deux semaines", comme le titre Le Monde.

Pour le Comité de Soutien aux familles roms de Roumanie : Jean-Pierre Dacheux


Après les déclarations du chef de l'État sur les "Roms et Gens du Voyage", nombre d'associations, d'intellectuels et quelques hommes politiques ont réagi pour dénoncer les amalgames qui permettent, à bon compte, de faire diversion dans un contexte de crise politique aiguë. Certains ont mis en perspective la stigmatisation de ces groupes, bien ancrée dans l'histoire républicaine et, plus généralement, sur le Vieux Continent. On a enfin pu alerter sur les risques de violences physiques pesant aujourd'hui directement sur ceux désignés comme "Roms et Gens du Voyage". Toutes ces réactions sont bien entendu justifiées et nécessaires. Mais elles apparaissent malheureusement impuissantes à gripper la mécanique nourrissant les discours gouvernementaux et, plus fondamentalement, le "bon sens" au fondement de l'anti-tsiganisme, en France comme ailleurs.


La lecture des réactions des internautes sur les sites d'information l'illustre de manière éloquente: pour les uns le chef de l'État et le gouvernement jouent, comme souvent, avec le feu en jouant la carte du populisme sécuritaire ; pour les autres – dénonçant le laxisme des premiers – il ne faut pas avoir peur de s'attaquer aux "vrais problèmes" posés par "ces gens". On a ainsi le plus souvent affaire à des positions de principe se nourrissant en boucle, d'autant plus inébranlables qu'elles ne remettent jamais en cause la catégorie définie comme problématique. Une telle opposition binaire ne sert qu'à reproduire des positionnements idéologiques en instrumentalisant la fameuse "question rom",
ad-nauseam.

Or le problème n'est pas de savoir si les "Roms et Gens du Voyage" sont avant tout victimes de l'appareil d'État et du racisme populaire ou si, au contraire, "ils" sont coupables de leur "marginalité".

Rien ne bougera jamais tant que l'on continuera d'aborder la catégorie même "Roms et Gens du Voyage" comme une population évidente, indéfiniment offerte à la pitié ou au blâme, selon les penchants politiques des uns et des autres. Et tout en invitant à davantage de nuances, les réactions face aux amalgames du gouvernement ne remettent jamais en cause l'existence de cette "communauté" en tant qu'entité sociale homogène.

Pourtant, hormis la catégorisation imposée par les sociétés majoritaires qui les réunissent sous une seule étiquette (variable au fil de l'histoire, d'où l'inflation des confusions), rien n'autorise à tenir comme allant d'elles-mêmes les similitudes entre ces groupes. L' "origine indienne" est une découverte de la science linguistique apparue à la fin du 18ème siècle , non un souvenir entretenu par les intéressés au sein même des diverses communautés.

Quant au "nomadisme", cela fait plusieurs décennies que les chercheurs démontrent et répètent qu'il n'est en rien une caractéristique des dits Tsiganes, pas plus hier qu'aujourd'hui : on trouve des groupes qui, pour des raisons historiques et économiques, pratiquent une mobilité saisonnière, mais l'immense majorité d'entre eux a toujours été sédentaire. Au point que le qualificatif lui-même semble superflu…

L'exemple de la Seine-Saint-Denis est un moyen efficace de se faire à l'idée de l'irréductible diversité des dits Tsiganes ou "Roms et Gens du Voyage", pour peu qu'on prête attention à la manière dont eux-mêmes se nomment :

- des familles gitanes (venues du Languedoc et d'Espagne) y vivent depuis la fin du 19ème siècle, le plus souvent en habitat "standard" (pavillons ou appartements) ;

- des groupes familiaux manouches, yéniches et voyageurs, majoritairement originaires de l'Est de la France, s'y sont implantés à la même époque, soit il y a plus d'un siècle. Nombre d'entre eux vivent en habitat caravane ou mixte (maison et caravane). Ils correspondent pour l'essentiel à la catégorie administrative des "Gens du Voyage" - ceci ne signifiant pas qu'ils "voyagent" réellement ;

- une communauté rom (les "Roms de Paris") est présente en Seine-Saint-Denis depuis l'entre-deux-guerres. Comme les précédents, ils sont aujourd'hui citoyens français et habitent dans leur grande majorité des pavillons de banlieue ;

- d'autres groupes roms, originaires d'ex-Yougoslavie, se sont installés dans les villes du département au cours des années 1960-1970. Préserva nt pour certains des liens avec le pays d'origine, ils vivent, là-encore, dans des maisons banales, l'habitat caravane n'étant dans leur cas qu'une réponse à l'impossibilité d'accéder à la location ou à la propriété ;

- en rencontre enfin depuis les années 1990-2000 des groupes familiaux roms originaires de Roumanie et de Bulgarie, occupant essentiellement des squats ou des bidonvilles, à défaut d'autres possibilités : sans droit au travail et aux prestations sociales, ils "tournent" de terrain en terrain sur les communes du département depuis parfois plus de dix ans, au rythme des expulsions... Précisons enfin qu'eux-mêmes ne forment pas une communauté mais divers groupes distincts et que leur nombre est stable depuis 2003-2004 – autours de 3000 personnes – même si la mobilité subie les rend particulièrement visibles.

Certains parlent finalement de "mosaïque" pour définir l'ensemble tsigane. Cette mosaïque n'existe cependant que pour ceux qui la regardent, c'est-à-dire les non-Tsiganes. Certes, on identifie de proche en proche des points communs entre différents groupes : les Roms originaires d'Europe orientale sont marquées par des influences en partie communes, liées à leur appartenance à une même aire historico-culturelle.

Toutefois, entrant dans le détail, on ne peut que constater leur grande diversité, directement issue des terroirs dont ces communautés sont issues : les Roms turcophones musulmans du sud de la Bulgarie, les Roms saxons du centre de la Transylvanie et les Roms slovènes installés depuis 40 ans en Italie du Nord n'ont pas le même passé, ne pratiquent pas les mêmes activités professionnelles, sont diversement insérés dans des environnements eux-mêmes divers etc.

Ce n'est en définitive pas un hasard si ce sont avant tout des données de type macrosociologique qui paraissent donner corps à la catégorie "Roms et Gens du Voyage". À cet égard,
les institutions européennes (U.E., Conseil de l'Europe), internationales (FMI, Banque Mondiale, PNUD) et diverses fondations (en particulier l'Open Society Institute du milliardaire George Soros) tiennent une responsabilité majeure dans la définition de la "question rom" au niveau européen. L'image d'une minorité essentiellement constituée de "cas sociaux" n'aura eu de cesse de se renforcer au cours des années 1990-2000, par le biais d'études quantitatives abstrayant dès l'origine la diversité des réalités locales. L'Union Européenne encadre même aujourd'hui une "décade pour l'inclusion des Roms" (2005-2015), partant du principe que ceux-ci sont globalement "mal insérés" dans les sociétés majoritaires. Or, les dits Tsiganes sont tout aussi hétérogènes du point de vue socio-économique qu'ils le sont culturellement, à l'est comme à l'ouest du continent.

Il n'y a ainsi rien à dire de simple sur "les Roms et Gens du Voyage", pas plus que sur "les Africains" ou "les Asiatiques"… Et si, comme en Roumanie par exemple, il est d'usage d'appeler Tsiganes tous ceux perçus comme socialement marginaux, la première responsabilité des chercheurs comme des journalistes est d'interroger ce lieu commun, pour rendre compte de réalités bien plus complexes.

En effet, la route de l'enfer est pavée de bonnes intentions, chacun est aujourd'hui en mesure de s'en rendre compte. Tout en voulant lutter contre les discriminations et favoriser l'insertion de certains groupes locaux, effectivement en difficulté mais n'ayant que peu de choses à voir les uns avec les autre sinon une étiquette, la rhétorique de la "question rom" n'aura fait que revalider la catégorie stigmatisable et sa pertinence symbolique.

Comment dénoncer l' "ethnicisation" du débat et des politiques publiques lorsque l'on tient pour évidente l'entité ethnique en question? Comment faire mieux connaître ceux appelés hier Tsiganes, aujourd'hui "Roms et Gens du Voyage", tout en préservant le point de vue qui interdit de les connaître ? Comment combattre des clichés sans remettre en cause le moule qui les engendre ? Telles sont les questions que peuvent aujourd'hui se poser tous ceux qui désirent, chercheurs inclus, lutter efficacement contre l'anti-tsiganisme.

Car son socle n'est malheureusement pas la simple méconnaissance. Cette dernière n'est qu'une conséquence de la catégorisation. Autrement dit, les stéréotypes (négatifs ou positifs) ne sont pas une interprétation erronée de la réalité qu'il suffirait de corriger, ils se nourrissent d'une posture a priori, en même temps qu'ils la renforcent, en vase clos. Et dans ce cadre-là, la raison est bien impuissante face à l'imagination populaires et aux instrumentalisations politiciennes.

Alors non, tout ne vas pas dans le meilleur des mondes, et oui, des groupes dits tsiganes rencontrent localement des difficultés, produisant elles-mêmes une cohabitation parfois délicate avec le voisinage. Mais s'il n'est pas agréable d'habiter près d'un bidonville, il l'est encore moins d'y vivre… Or le meilleur moyen de rendre impossible la résolution de ces situations est bel et bien de disjoindre les difficultés vécues par ces familles du contexte local, en en faisant une "question européenne" désincarnée et fantasmatique.

Difficultés d'accès au logement, services sociaux sans moyens humains et financiers, marché de l'emploi sinistré, politiques d'immigration verrouillées et services préfectoraux dépassés... Les problèmes rencontrés par certains "Roms et Gens du Voyage" sont ceux de nos sociétés contemporaines, dont ils font partie intégrante, et non les conséquences (subies ou provoquées) de caractéristiques sociales génériques.


10.08. Le Monde
www.lemonde.fr/.../denoncer-l-anti-tsiganisme-sans-s-attaquer-a-ses-racines_1397684_3232.html
ou : http://www.lemonde.fr/imprimer/article/2010/08/10/1397684.html


mardi 10 août 2010

Quand la CFDT parle des Rroms

Communiqué de presse n°49 du 29 juillet 2010

Déclaration de Jean-Louis Malys secrétaire national


La CFDT condamne l’instrumentalisation sécuritaire

de la question des « Roms » et des gens du voyage.


La CFDT condamne les déclarations du Président de la République et les annonces gouvernementales après les événements dramatiques intervenus à Saint Aignan (Loir-et-Cher)

La CFDT dénonce l’amalgame fait entre les Gens du voyage et les Roms et la stigmatisation de ces deux populations.

Le Gens du voyage sont, pour la plus part, des français qui ont la particularité de vivre en caravane et d'être itinérants toute ou partie de l’année.

Les quelques 15 000 Roms présents en France sont essentiellement venus de Roumanie et de Bulgarie, citoyens européens bénéficiant de la liberté de circulation en France pourtant ils sont soumis aux mesures transitoires qui les excluent en pratique du marché de l'emploi et des prestations sociales. Certains sont contraints de vivre dans de véritables bidonvilles ou abris précaires.

Plutôt que d'en faire les boucs émissaires d'une politique sécuritaire toujours inefficace. La CFDT demande l’abrogation de ces mesures transitoires pour leur permettre un libre accès à l'emploi, mobiliser les dispositifs existants de droit commun pour les accompagner dans leurs projets de vie, et mettre en oeuvre le droit à un habitat digne pour tous par la construction massive de logements socialement accessibles.


http://www.cfdt.fr/rewrite/article/28271/la-fep/actualites/la-cfdt-condamne-l-instrumentalisation-securitaire-de-la-question-des-%AB-roms-%BB-et-des-gens-du-voyage.htm?idRubrique=6846

lundi 9 août 2010

Romani Criss lance une pétition

Ce texte de l'association Romani Criss montre bien l'exaspération, l'indignation et l'angoisse des organisations solidaires des Rroms. C'est pourquoi nous le portons à la connaissance de ceux qui nous lisent.

Le Collectif de soutien aux familles rroms de Roumanie


office@romanicriss.org


Bucarest, le 30 juillet 2010



L’HISTOIRE SE RÉPÈTE :

LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS ANNONCE PUBLIQUEMENT

LE RELEVÉ DES EMPREINTES DIGITALES ET L’EXPULSION COLLECTIVE DES ROMS.


Les organisations et les personnes signataires protestent très fermement contre l'initiative récente du Gouvernement français de stigmatiser, expulser collectivement et illégalement, limiter les droits fondamentaux des Roms et des Voyageurs, en particulier le droit à la liberté de circulation.

Le 21 juillet 2010, le Président français a annoncé qu'une réunion avec les Ministres devait être tenue le 28 juillet pour "faire le point sur la situation des gens du voyage et des Roms, et les problèmes que pose le comportement de certains ressortissants de ces communautés au regard de l’ordre public et de la sécurité".

À l’issue de la réunion, le Président franc-çais a déclaré qu’Il a demandé au Gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires afin que ces actes irresponsables soient sévèrement sanctionnés et qu’ils ne puissent jamais se reproduire. Il a également donné des instructions afin que les campements illégaux soient systématiquement évacués. Les services fiscaux seront associés à la vérification de la situation de leurs occupants » La situation des Roms de l'Europe de l'Est est jugée "illégale" et "inacceptable". 200 camps ont été considérés sources de trafic illicite, habitat indigne, exploitation d'enfant, mendicité et prostitution. Dans les trois prochains mois, les camps devront être expulsés et les habitants renvoyés dans leur pays en application de la loi en vigueur. Dans le même temps, la loi sera changée pour rendre plus facile l’expulsion des groupes, en particulier les Roms pour les raisons de sécurité. La France renforcera la coopération policière avec la Roumanie et une convention sera conclue sur la réadmission des mineurs isolés. Ces décisions font suite à une rébellion des membres de la communauté des Gens du voyage de la région de Saint-Aignan après la mort d'un homme de 22 ans, tué par la police pour ne pas s'être arrêté à contrôle.

De plus, le Ministère de l’intérieur français a annoncé qu'un système de relevé des empreintes digitales sera mis en œuvre, afin que les Roms expulsés ne reviennent pas en France. Nous dénonçons l'approche choisie par les autorités françaises qui relève, selon nous, d’un populisme bon marché, d’une manœuvre de diversion et d’une vengeance archaïque. Nous soulignons que l'émeute de Saint Aignan est un cas particulier. Ni les Roms, ni les Gens du voyage n’ont jamais été impliqués dans des faits similaires. Nous croyons que de tels événements devraient être traités selon la législation existante et seuls les individus responsables d'infraction devraient être punis. Pas leurs familles, pas les enfants, pas leur communauté. De tels événements ne doivent, en aucune circonstance, servir d’excuse au gouvernement français pour concevoir et mettre en œuvre des lois racistes et des règlementations visant à punir des groupes entiers, basés sur leur appartenance ethnique.

Donc, nous condamnons fortement les initiatives administratives, fiscales et législatives du Gouvernement français visant à punir la communauté des gens du voyage –citoyens français – ressemblant à des représailles inspirées de méthode soviétique.

Cette assertion est sous-tendue par le fait que la soi-disant réunion a ressemblé à une parodie,une „charade- meeting". La Présidence française a annoncé à l'avance les mesures qui devaient être décidées . Ainsi, il a été expliqué, une semaine avant la réunion, que la conclusion principale serait l’évacuation des campements. Cette décision n'est donc pas le résultat d’une analyse réfléchie et objective de la situation concrète. Le fait même, que le Gouvernement ait convoqué un "charade meeting" qui a conclu ce qui était déjà décidé à l'avance, révèle ce qui motivait réellement les autorités françaises : la vengeance, la diversion et le populisme bon marché.

Les autorités françaises ont suivi le mauvais exemple de l'Italie à l’encontre des Roms d’Europe de l'est, en les condamnant en masse comme étant des criminels, des mendiants, etc. Nous insistons sur le fait qu'une telle approche est raciste et stigmatisante. C'est illicite, tant conformément à la Constitution française, qu’à celle de l'UE et aux lois internationales. De plus, nous rappelons aux autorités françaises que la responsabilité pénale est strictement individuelle. Elle ne peut être appliquée aux communautés ethniques; ni à d'autres groupes.d’ individus. Pour résumer, les délits constatés dans les campements ne devraient pas être utilisés pour représenter le groupe ethnique rom dans son entier, ne pas justifier des représailles et une expulsion de France de tous les Roms d’Europe de l’Est. On n’a pas encore identifié.de communautés sans criminalité, ni en Europe,ni ailleurs. Il devrait être gênant, pour le Gouvernement français, qu’on doive lui rappeler que les criminels ne doivent pas être punis selon leur origine ethnique, mais plutôt selon leur conduite et qu'une telle punition ne devrait être appliquée qu’à des individus et non pas à une collectivité.

Nous condamnons le fait que les expulsions prévues pour les trois prochains mois sont racialement motivées et sont décidées collectivement, sans respect pour la loi, en violation de la Convention européenne de Droits de l'homme. En effet, la décision annoncée des autorités françaises de lancer une campagne pour expulser les Roms ressortissants des pays d’Europe de l’est, met en doute la légalité du processus, en particulier parce que n’est pas garantie une évaluation exacte, objective et individuelle de chaque cas, sans considération raciste.

Nous sommes également préoccupés par les intentions proclamées par le gouvernement français d'adapter la législation pour rendre l’expulsion des Roms plus facile. Toutes les modifications devraient comporter des garanties juridiques conformes à la législation française et de l'UE ainsi qu’aux lois internationales. Le droit de libre circulation des citoyens d'États membres d'UE ne peut pas être limité sans être en contradiction la Directive de l’UE sur la liberté de mouvement. Nous soulignons particulièrement que les normes juridiques présentées selon la Directive et développé par la Cour de justice européenne suivent le principe de proportionnalité et de responsabilité personnelle.

La politique d'expulsion "immédiate" de Roms accusés de trouble à l’ordre public adopté par le gouvernement français est clairement en violation de la législation d'UE. La Directive sur la liberté de circulation interdit une telle approche. La directive déclare que la conduite personnelle de l'individu concerné doit représenter réellement une menace actuelle et suffisamment sérieuse affectant un des intérêts fondamentaux de société. De plus, la discrimination dans l'exercice du droit de libre circulation est interdite. La politique d'expulsion "immédiate" est opposée à l’esprit de la directive d'UE, qui est que la situation de n'importe quelle personne sera évaluée tout à fait, objectivement et individuellement pas collectivement et superficiellement. De plus, désigner les Roms en tant que groupe comme cible pour des actions juridiques et politiques est en soi discriminatoire et viole les législations française, européenne et internationale.

Nous sommes tout aussi concernés par la réaction de la Commission européenne, qui s’est exprimée par le porte-parole de la Direction justice, droits fondamentaux et citoyenneté, qui a annoncé que la décision d’expulser une personne rom n’est pas du ressort de la Communauté européenne mais qu’elle appartient aux gouvernements nationaux. Certes ceci est exact, mais la Communauté européenne ne devrait pas rester aveugle face aux motivations racistes du gouvernement français qui décide des expulsions.

Nous croyons fortement que la Communauté européenne a vraiment l'obligation juridique et les moyens nécessaires d'agir quand la législation d'UE est violée. Donc, nous estimons que la Communauté européenne doit être très attentive aux politiques et à la législation qui pourraient être adoptée par les autorités françaises pour s'assurer qu’elles soient conformes aux lois communautaires. De plus, nous nous souvenons que la Communauté européenne a été la seule institution internationale à fermer les yeux sur le "pacchetto sicurezza" italien, lequel a servi de catalyseur pour le gouverner français et d'autres gouvernements européens, pour adopter des politiques anti-Roms et des lois en violation de législation de l'UE. Depuis trois ans, la Commission européenne n'a pas communiqué les raisons qui motivent sa position. Nous considérons que la Commission européenne ne doit absolument pas échapper à son devoir fondamental qui est d'agir contre la discrimination conformément à l'art. 6 et 7 du traité de Communauté européenne et à ses attributions juridiques.
Considérant ces violations sérieuses des droits fondamentaux;

Nous pressons le gouvernement français de s’abstenir d'entreprendre des expulsions collectives ethniquement ciblées comme moyen de représailles;

Nous demandons au gouvernement français de s’abstenir d'adopter des modifications de la législation contradictoires avec la loi d'UE et la Convention européenne de Droits de l'homme;

Nous demandons aux fonctionnaires publics français d’arrêter le discours de haine et les remarques racistes à l’égard la communauté rom;

Nous demandons aux gouvernements de l’Europe de l'est, particulièrement à la Roumanie et la Bulgarie de refuser les accords bilatéraux relatifs à l'expulsion des Roms dans leurs pays d'origine et de dénoncer et rejeter n'importe quelle forme "de pot-de-vin" offert par le gouvernement français en échange d’une réduction illégale des droits fondamentaux de leurs citoyens;

Nous demandons à la Commission européenne de prendre une position pro-active et de contrôler les autorités françaises pour garantir, conformément à leurs attributions juridiques le respect de la législation européenne.

La CNDCH et les Rroms

COMMISSION NATIONALE CONSULTATIVE
DES DROITS DE L’HOMME



Communiqué de presse de la CNCDH


La CNCDH a reçu mission de « veiller au respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans notre pays, c'est-à-dire des principes de liberté, d’égalité et de fraternité ainsi que d’égale dignité de la personne humaine qui fondent notre République ».

La CNCDH est très préoccupée par la succession de déclarations officielles de caractère discriminatoire à l’encontre des gens du voyage, des Roms, des « Français d’origine étrangère » ou encore des mineurs délinquants et de leurs parents. Elle s’inquiète en particulier des mesures annoncées en matière de sécurité et d’immigration qui seraient introduites par le biais d’amendements dans des textes examinés en septembre, notamment le projet de loi sur la sécurité intérieure (LOPPSI) présenté au Sénat et celui sur l’immigration présenté à l’Assemblée Nationale.

La CNCDH s’est prononcée récemment sur plusieurs réformes en cours, notamment dans son avis du 5 juillet 2010 sur le projet de loi sur l’immigration, l’intégration et la nationalité. La Commission sera amenée, le moment venu à se prononcer sur les nouveaux textes, tout en déplorant cette méthode d’élaboration de la loi, dans l’urgence et l’improvisation, qui permet de contourner l’avis préalable du Conseil d’Etat et contribue à l’instabilité de notre droit, notamment, dans le domaine sensible du droit des étrangers.

La CNCDH a déjà rappelé l’importance d’une politique cohérente, stable et lisible dans tous les domaines touchant aux droits de l’homme, et notamment en matière de droit pénal et de droit de la nationalité, conformément aux principes constitutionnels et aux engagements internationaux de la France, en tant que «République indivisible, laïque, démocratique et sociale » qui « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » (art 1er de la Constitution de 1958).

Les déclarations visant en particulier les Roms sont l’occasion pour la CNCDH de rappeler l’étude qu’elle a publiée le 7 février 2008, ainsi que les propositions formulées dans un avis adopté le même jour (1). L’étude est consacrée aux discriminations à l’encontre, d’une part, des Gens du voyage et, d’autre part, des Roms migrants, en analysant ces diverses situations au regard des droits fondamentaux.

Dans le droit fil de son avis du 10 juillet 2010, la CNCDH souligne que l’élargissement des cas dans lesquels une personne serait déchue de sa nationalité introduit une distinction entre les citoyens, ce qui est contraire au principe d’égalité. Cette mesure resterait par ailleurs purement symbolique. Elle n’aurait de plus aucun effet dissuasif et renforcerait de surcroît l’incertitude quant à l’appartenance à la nation de ceux qui ont acquis la nationalité française.

Enfin, on ne peut que s’inquiéter de l’annonce de la suppression de l’automaticité de l’acquisition de la nationalité française, à leur majorité, pour des mineurs nés en France qui auraient été condamnés et de la proposition de loi relative à la responsabilité pénale des parents qui n’auront pas su faire respecter les obligations auxquelles leurs enfants condamnés auront été soumis. Face à ces déclarations « de guerre nationale contre la délinquance », un renforcement des mesures préventives et éducatives accompagnées de moyens humains et financiers semble plus approprié dans un État de droit, conciliant liberté personnelle et sécurité juridique et récusant toute forme de discrimination individuelle ou collective.

Martine BROUSSE,Vice-Présidente
Emmanuel DECAUX, Vice-Président

Contact presse : Nils Monsarrat : nils.monsarrat@pm.gouv.fr , 01 42 75 76 62

(1) http://www.cncdh.fr/article.php3?id_article=599