mercredi 1 mai 2013

Commémorer l'abolition de l'esclavage des Roms.

 


Le 10 mai 2013 a lieu la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Une cérémonie officielle se déroulera, comme tous les ans, dans le jardin du Luxembourg, en présence du Président de la République. La loi Taubira du 21 mai 2001 aura été la grande loi mémorielle française concernant la reconnaissance, comme crime contre l'humanité, des traites et des esclavages pratiqués, à partir du XVe siècle, sur certaines populations. Son article 1er précise que « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité ».

L'esclavage fut bien une réalité historique européenne qui ne se limita pas à la perpétration de la traite négrière transatlantique. Au nombre des abolitions intervenues au XIXe siècle figure l'abolition de l'esclavage des Roms en Roumanie ( Moldavie et Munténie -ou Valachie-). L'Église moldave libéra ses esclaves roms en 1844 et l'Église de Munténie en 1847. L'esclavage, peu après, devint illégal une première fois, dans ces deux principautés, en 1855 et 1856, soit sept à huit ans après l'abolition définitive signée, en France, le 27 avril 1848, au début de la deuxième République, sous l'impulsion de Victor Schoelcher. Réinstauré, l'esclavage des Roms ne fut définitivement aboli qu'en 1864, deux ans après l'unification de la Roumanie. Le lien historique entre ces abolitions transatlatique et européenne est avéré.

L'esclavage oublié des Roms qui dura un demi-millénaire, dès leur apparition dans les principautés pré-roumaines, au milieu du XIVe siècle jusqu'au milieu du XIXe, appartient, à présent, à l'histoire de tous les Européens. Le déni d'un esclavage si long et si brutal n'est plus supportable et pèse encore sur les relations entre les Roms et autres populations européennes, de nos jours. Il est temps d'enseigner et de rappeler à tous les concitoyens de l'Union que ce lointain passé a laissé des traces dans notre présent.

L'abolition de l'esclavage des Roms en Europe a désormais toute sa place dans la commémoration, en France de l'abolition des esclavages, chaque 10 mai.


« Les Européens organisent des sociétés philanthropiques pour l'abolition de l'esclavage en Amérique alors que, sur leur propre continent, 400 000 Tsiganes sont maintenus en esclavage » Kogalniceanu Mihail, Esquisse sur l’histoire, les mœurs et la langue des cigains, connus en France sous le nom de Bohémiens, Berlin,1837. (Texte écrit par un historien roumain qui devint premier ministre de la toute nouvelle Roumanie unifiée, en 1863.)


samedi 5 janvier 2013

Un bébé en garde à vue accusé d’avoir mendié

Nous reprenons ici un article qui fait débat. Il concerne l'attitude des autorités vis à vis de mendiants. Vieille histoire que la mendicité dans notre pays. Les moines seuls ont-ils, sur notre Terre l'autorisation de mendier ?

http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain


On croyait avoir tout vu en ce qui concerne les pratiques policières françaises contre les Roms. Et bien non, il va falloir se faire une raison. Après les expulsions et les traques qui ont repris de plus belle avec Hollande et Valls (1). Après les cyclistes verbalisés pour pneus lisses (2). Après les enfants violentés, pourchassés et humiliés par la police (3). Voici le bébé de 12 mois enfermé pendant plus de 4 heures, accusé d’avoir mendié.

Les faits se passent en cette fin d’année 2012. Mirela (4), Romni originaire de Roumanie, sollicite la générosité des passants afin qu’ils lui donnent quelques pièces qui lui permettront d’acheter de quoi manger pour elle et son enfant. Sa main gauche est tendue, la paume ouverte vers le ciel, sa main droite tient fermement la poussette de son enfant de 12 mois.

Mirela vit dans un “camp”, appellation politiquement correcte pour désigner en réalité, un bidonville qui ressemble aux favelas de Rio ou d’ailleurs. La France est la cinquième puissance économique au monde, mais elle est incapable d’intégrer correctement les 15 000 Roms présents sur son territoire dont la moitié sont des enfants. Comme des centaines de familles, Mirela n’a nulle part où aller. Le 115 lui répète inlassablement chaque jour que toutes les places d’hébergement d’urgence sont occupées. Condamnée à rester dans un bidonville avec son enfant, elle doit trouver de l’argent pour survivre et n’a pas les moyens de mettre son bébé à la crèche. Tout le monde pourrait s’en douter.
Tout le monde, sauf nos chers policiers-assistantes-maternelles-la-main-sur-le-cœur qui, outrés par la présence d’un enfant dans la rue décident de prendre le problème à bras-le-corps et l’enfant sous leurs bras protecteurs. Bien que Mirela ne fasse que tendre la main aux passants, ils trouvent son attitude insupportable et contraire aux lois de la république.

Dans la France de Hollande, Valls et Bauer, un enfant rom dans les bras de sa maman est en effet devenu un danger public. Alors les policiers vont les emmener manu militari au poste où ils vont humilier, insulter et menacer la maman.

On lui demande tout d’abord de présenter ses papiers d’identité ainsi que ceux de son enfant, ce qu’elle fait. La procédure qui suit ne peut donc pas être une vérification d’identité puisque selon l’article 78-3 du code pénal, « La personne qui fait l'objet d'une vérification ne peut être retenue que pendant le temps strictement exigé par l'établissement de son identité ». Alors pour faire bonne figure et justifier les longues heures d’attente que la maman et son bébé vont passer au poste, la police va falsifier la vérité et relater par écrit des faits matériellement impossibles.

Cela ne devrait pas tarder, mais la mendicité n’est pas encore interdite en France. Un Officier de Police Judiciaire (OPJ) va donc l’accuser, tenez vous bien, d’avoir « organisé la mendicité d’autrui en vue d’en tirer profit », avec cette circonstance aggravante que les faits auraient été commis à l’égard de son enfant de 12 mois. On croit rêver, mais non, c’est bien écrit noir sur blanc.
Un bébé de 1 an, ça pleure, ça rit, ça crie, c’est un trésor que l’on protège et que l’on chérit. On y tient comme à la prunelle de nos yeux, quand il a mal, on a mal, quand il sourit, on est heureux. Et bien non. Selon la police, les roms détestent leurs enfants, ils les haïssent même, au point d’en faire des mendiants, dès l’âge de … 12 mois.

Incroyable, mais vrai, la police français voit vraiment des choses extraordinaire. L’OPJ qui a rédigé le rappel à la loi aurait dû passer un coup de fil au Guinness des records. Un bébé roumain de 12 mois, qui marche, tend la main, parle en français et court après les passants pour leur demander de l’argent, si ce n’était pas écrit sur un document officiel de la police, personne n’y croirait, n’est-ce pas ?

Le rappel à la loi qui est donné à Mirela explique que les faits qui lui sont reprochés sont passibles de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende (article 225-12-6 du code pénal). Elle est également sous la menace d’une interdiction de séjour en France d’au mois 10 ans. (article 225-20 et 21 du même code pénal). Magnanime, l’OPJ va quand même laisser repartir la maman et son enfant plus de 4 heures après leur arrestation, en précisant bien à Mirela qu’elle sera poursuivie devant le tribunal si elle commet une autre infraction dans les 3 ans à venir…

On pourrait penser qu’il s’agit là d’un dérapage de quelques policiers particulièrement zélés, sensibles aux conditions de vie des enfants roms et qui ont raté leur vocation d’assistante sociale. Pas du tout. Ce détournement de la loi afin de traquer, de condamner et d’expulser des familles roms n’est pas nouveau. Il est dans le droit fil de la politique raciste lancée par Sarkozy contre les Roms et reprise à leur compte par Hollande et Valls.

Lors de l’été 2011, déjà, des mamans roms qui mendiaient avaient été arrêtées et séparées de leurs enfants plusieurs semaines. À l’époque, c’est la « privation de soins » qui avait été évoquée par les policiers, mais le tribunal de Bobigny avait décider de relaxer les mamans injustement incriminées. (5)

A l’époque, la police se trouva fort dépourvue quand la sentence du tribunal fut venue. Un policier en avait les larmes aux yeux: «Le phénomène n'est pas facile à appréhender. Il existe peu de recours pour protéger ces enfants. Si la privation de soins n'aboutit pas, notre champ d'action se retrouve bien restreint». Le policier assistante maternelle en chef avait prévenu: «Nous n'avons pas l'intention d'abandonner ces enfants. Si la privation de soins ne fonctionne pas, nous trouverons autre chose» (6)

Ouf, nous sommes soulagés, ils ont trouvé autre chose : le réseau mafieux de mendicité organisé par la maman qui force son bébé de 12 mois à courir après les passants pour leur extorquer de l'argent… Plus c'est gros, plus ça passe. Après le cancer, la sécurité routière, les violences faites aux femmes, je propose que l’on érige en grande cause nationale la protection des enfants roms et que l’on mette sur le coup tous les policiers de France et de Navarre. Plus sérieusement, au lieu de se prendre pour ce qu’ils ne sont pas et n’ont jamais voulu être, des assistantes maternelles, les policiers et leur hiérarchie feraient mieux de s’occuper de la vraie délinquance qui elle, ne cesse de progresser.

Le gouvernement qui n’a de socialiste que le nom, ferait mieux pour sa part de lutter contre la pauvreté plutôt que de pourchasser les pauvres. Bébés roms qui êtes nés sous une mauvaise étoile, en ce début d’année traditionnellement consacré aux vœux, la France, le Président Hollande et son bras armé Manuel Valls vous souhaitent une bonne et heureuse année 2013… En Roumanie.

(4) le prénom a été changé

mardi 1 janvier 2013

2013 gitan

Pour 2013 voici en cade au une poésie de Manuel Lozano, combattant anarchiste de la Nueve, libérateur de Paris le 24 août 1944.
 

El niño

La luna y las                            La lune et les
Estrellas                                   Étoiles
Alumbran el                            Éclairent
Mundo entero                          Le monde entier

Por que en la                           Pourquoi à l’école
escuela me hablan                   Me parle-t-on
de Dios y el                             De Dieu et du
Diablo ?                                   Diable ?
Yo no lo veo.                           Je ne les vois pas


Por que hay pobres                 Pourquoi y a –t-il des pauvres
y ricos,                                    Et des riches,
guardias y serenos ?                Des gardiens et des vigiles ?

Mamá, ¿por que tú                   Maman, pourquoi
Trabajas tanto                          Travailles-tu tant
Y vivimos                                Et que nous vivons
En una barraca                         Dans une baraque
Llena de agujeros ?                  Remplie de trous ?

— Hijo mío, somos gitanos,     — Mon fils, nous sommes des gitans
tu padre murió                          Ton père est mort
en la cárcel.                               En prison
Era un hombre libre.                 C’était un homme libre

Gracias, mamá,                          Merci Maman,
Yo seré como                            Je serai comme
Mi padre : ¡ LIBRE !                mon Père : LIBRE !


  Manuel Lozano, (combatiente anarquista de la nueve libertador de París, 24 de agosto de 1944). 
Aires libertarios poesías.  Febrero 1986.




dimanche 23 décembre 2012

Notre vœu pour 2013 : découvrir la sagesse tsigane

Contes des sages tsiganes - Pascal Fauliot, Patrick Fischmann

Contes des sages tsiganes

Pascal Fauliot, Patrick Fischmann

Paris, le Seuil,  Date de parution 01/03/2012, 240 pages - 16.70 € TT

"C’est pour les auteurs un devoir et un honneur que de faire connaître les contes de la sagesse du peuple invisible. Cet éclairage est à même de disperser les maigres arguments de ceux qui comptent sur l’ignorance pour désigner des boucs émissaires.

Les Tsiganes se sont enrichis de toutes les cultures des pays traversés. Ils en ont fait leur miel sans jamais renoncer à leur identité. Musiciens et conteurs hors pairs, ils ont toujours su magnifier les diverses influences dans le creuset de leur génie artistique.

En suivant les épopées de Shokolat, Vaïda et Baxtalo, en allant sur les chemins pour goûter aux mythes des Fils du vent, à l’humour édifiant des errants, nous entrons dans un espace de vérité, découvrons un monde solidaire et une poésie contagieuse. 

Ces récits ne se contentent pas de révéler la vraie nature des Tsiganes. Nous voilà plongés dans nos propres désirs d’une vie de musique, de liberté et de respect où seuls comptent l’instant présent et le partage. Cette sagesse bouscule notre vision du monde et interpelle notre mode de vie".
Nous n'hésitons pas à recommander ce livre que nous proposent les éditions du Seuil au moment où la critique du "mode de vie" des Rroms fonde la romaphobie à l'œuvre tant dans nos villes de France que dans l'Europe tout entière.

jeudi 29 novembre 2012

Amnesty international dénonce et exige...

Un rapport contre les expulsions forcées 

de camps Roms en Ile de France

[29/11/2012]
Dans son rapport « Chassés de toutes parts. Les expulsions forcées de Roms en Ile-de-France », Amnesty International revient sur les politiques d’expulsions forcées de Roms de ces deux dernières années et rappelle l’existence des textes internationaux qui imposent à la France de garantir pour tous « le droit à un logement convenable » dont le corollaire est l’interdiction des expulsions forcées. Amnesty International attend du gouvernement qu’il agisse conformément au droit international. 

Les recherches menées par Amnesty International soulignent les conditions de vie très difficiles de nombreux Roms installés dans des campements informels en France, qui craignent d’être expulsés de force à tout moment. Le rapport met l’accent sur les conséquences désastreuses de ces expulsions à répétition.

Contexte

Chaque année, en France, des milliers de Roms sont victimes d’expulsion forcée des bidonvilles, campements informels et squats qu'ils occupent. La plupart du temps, des familles entières sont ainsi mises à la rue, souvent sans la moindre solution de relogement ou avec la promesse d’un hébergement provisoire et insuffisant.
Chassées de chez elles, privés de toute protection juridique, ces familles se retrouvent dans une situation encore plus précaire car la loi française ne protège pas les personnes contre des expulsions forcées.
Campement de roms à Villeneuve-le-Roi © Amnesty International

Conséquences des expulsions forcées

Demandez au Premier ministre de mettre un terme aux expulsions forcées en France Signez
Ces expulsions forcées à répétition sont traumatisantes et plongent les familles dans des situations critiques. Elles aggravent leur pauvreté, perturbent la scolarisation des enfants, l’accès aux soins et anéantissent toute chance d’intégration et d’insertion sociale.
Dans plusieurs des témoignages recueillis, les familles soulignent la difficulté de scolariser les enfants après une expulsion car elles se retrouvent à la rue, sans accès à l’eau, sans aucune sécurité quant à leurs moyens de subsistance et souvent éloignées de l’école qui scolarisait leurs enfants.
L'exemple de Sonia

Sonia est arrivée en France en 1989, à l’âge de neuf ans, avec sa famille qui tentait d’échapper à la pauvreté et à la discrimination subies en Roumanie. Argenteuil a été leur premier point de chute. Depuis cette époque, ils ont vécu dans des baraques et ont été expulsés sans cesse. En moyenne, ils ont passé de cinq à sept mois à chaque endroit. Les études des enfants de Sonia ont été interrompues par les expulsions successives. Son fils, C., a dû fréquenter trois écoles primaires différentes. Sonia témoigne : « Nous sommes chassés de partout, nous n’avons pas de maison, ce ne sont pas des conditions de vie. J’aimerais qu’il n’y ait plus de racisme ici... Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Depuis que je suis en France, cela devient de plus en plus difficile. »


 

Les expulsions forcées interdites par le droit international

Aux termes du droit international, les expulsions ne doivent être pratiquées qu’en dernier ressort et uniquement après examen de toutes les autres solutions possibles, en réelle concertation avec les occupants touchés. Les autorités doivent les prévenir suffisamment à l’avance et leur proposer des recours juridiques et une indemnisation pour tous les préjudices subis. Elles doivent veiller à ce que personne ne se retrouve sans domicile ni exposé à d’autres atteintes aux droits humains à la suite d’une expulsion. Ces garanties s’appliquent à en toutes circonstances, que les personnes occupent ou détiennent légalement ou non les terrains ou les locaux où elles vivent.

L’exemple de Vasile et Emilia
Vasile et Emilia ont quitté Arad (en Roumanie) il y a une dizaine d’années et sont arrivés en France pour y chercher du travail et offrir un meilleur avenir à leurs enfants, Violeta (19 ans) et sa sœur de 11 ans. Ils ont vécu dans des campements de la région parisienne, notamment à La Courneuve, à Bobigny, à Aubervilliers et ailleurs, près du Stade de France, et en ont été expulsés successivement. Suite aux expulsions, ils ont dû dormir dans la rue ou dans des jardins publics, pendant plusieurs semaines, malgré le mauvais temps, y compris sous la pluie et sous la neige.
« Tout ce que nous voulons, c’est un endroit convenable où vivre, a dit Emilia. Pour le reste, nous pouvons nous débrouiller, nous pouvons vendre du fer ou des câbles dans la rue. La seule chose que nous voulons, c'est de l'eau, des toilettes, juste assez pour vivre. Si nous pouvions avoir l’électricité, nous paierions nos factures ».


Les prémices du changement ?

Le Premier ministre a confié une mission spécifique au délégué interministériel Alain Régnier, ce dernier doit rendre de premières conclusions en fin d’année après avoir organisé des échanges à divers niveaux (comité interministériel, groupe de suivi des associations, représentants des préfectures).  Une circulaire datée du 26 août demande aux préfets de prendre certaines précautions avant l’expulsion d’un campement « illicite ». Les « mesures transitoires » qui freinent l’accès à l’emploi des Roumains et Bulgares ont été assouplies avec augmentation du nombre des métiers accessibles et suppression de la taxe imposée à leurs employeurs, mais les contraintes administratives qui rendent difficile leur accès à un travail légal ont été maintenues. La circulaire du 26 août est insuffisante, des expulsions forcées se poursuivent et les conditions de vie des Roms, restent précaires à quelques semaines de l’hiver.

Amnesty International appelle le gouvernement français et les préfets de France à mettre  immédiatement un terme aux expulsions forcées et de ne plus exécuter les décisions d’expulsion tant que tous les habitants des campements ne disposeront pas de toutes les garanties juridiques internationales destinées à les protéger de ce type de mesure.

 Pour en savoir plus :

Lire notre rapport :
Chassés de toutes parts : les expulsions de Roms en Ile-de-France
Ref : EUR 21/012/2012 novembre 2012

mercredi 12 septembre 2012

Roms : l'interpellation de la majorité gouvernementale

Une pétition de plus ? Non ! La manifestation, plutôt, d'un refus citoyen exemplaire, de la part de ceux qui n'ont pas l'habitude de prendre la plume pour signer n'importe quoi. Le gouvernement se contredit en annonçant une politique et en faisant la même chose, en pratique, que ses prédécesseurs. À moins, ce qui serait pire, qu'il camoufle, sous les mots, une volonté de se débarrasser d'une population qui continue de servir de bouc émissaire.


Roms : la commune humanité bafoué


Le nouveau gouvernement a choisi la continuité avec l’ancien : la politique d’expulsion des camps de « Roms » étrangers continue de plus belle. Aux mêmes motifs. Avec à peu près les mêmes mots, les mêmes images. Avec les mêmes présupposés et les mêmes conséquences. À commencer par l’ethnicisation de familles issues de lieux et d’histoires multiples, qui ne se reconnaissent pas nécessairement de destin commun, sauf celui auquel on les assigne : le cercle vicieux de la misère et de l’exclusion.

Cela, nous ne voulons, nous ne pouvons pas l’accepter. Il y a deux ans, il importait déjà de se dresser en opposition à la politique de stigmatisation et de persécution menée sous la houlette de Nicolas Sarkozy, dans l’esprit du discours de Grenoble, contre les Roms et les gens du voyage. C’est avec la même détermination que nous nous élevons aujourd’hui contre la politique menée aux dépens des Roms sous la responsabilité du président de la République et de son premier ministre par leur ministre de l’Intérieur.

 Manuel Valls renoue en effet avec une rhétorique qui avait mené un de ses prédécesseurs à la présidence de la République, et la République au bord de l’abîme. Or combien sont-ils, ceux qu’on veut expulser? 12 000 ? 15 000 tout au plus ? Sont-ils à ce point une menace pour l’ordre public qu’il faille impitoyablement les déloger sans solution de rechange ?

Si les nouveaux responsables invoquent autant la sécurité que les anciens, ils revendiquent (à l’instar de François Hollande pendant la campagne) un juste milieu entre « fermeté » et « humanité ». Mais qui peut croire que c’est pour leur bien qu’on détruit le lieu de vie de ces migrants ? En tout cas, pas les premiers intéressés. Car ils l’ont vite compris : si l’on se souciait tant de leur bien être, on ne les abandonnerait pas ensuite à leur sort, en oubliant de les reloger. Ils ne font qu’aller un peu plus loin. 

S’ils parviennent à se cacher, c’est au risque d’être encore plus abandonnés à eux-mêmes et privés des droits sociaux les plus élémentaires. Déplacer ainsi les gens, c’est bien sûr redoubler leur précarité, et faire obstacle à la scolarisation de leurs enfants.
Certes, Jean-Marc Ayrault préconise la concertation. Mais sur le terrain (faut-il s’en étonner ?), ces engagements ne sont pas respectés. Des centaines de familles se retrouvent dans des situations inextricables. À Lyon comme à Lille ou à Marseille ou en région parisienne, le travail des associations de bénévoles a été ruiné en quelques heures. En Essonne, plusieurs expulsions de bidonvilles ont eu lieu sur arrêtés municipaux, sans solution de relogement réel. Dans de nombreux départements, trop de communes tentent de ne pas scolariser les enfants Roms.


La majorité gouvernementale croit-elle donc qu’en agitant les peurs sécuritaires, elle échappera au reproche de « laxisme » ? C’est tout le contraire : dans ce domaine, elle n’ira jamais assez loin. La droite, en attendant peut-être l’extrême-droite, fera toujours mieux, c’est-à-dire pire. La gauche gouvernementale le paiera donc cher, y compris dans les urnes. En tout cas, les sondages suggèrent déjà qu’elle n’y gagne rien – pas plus qu’hier la droite au pouvoir. Seul le Front national pourra récolter les fruits de cette politique.

En outre, les concessions au populisme identitaire et sécuritaire ne feront pas avancer le pays dans sa mobilisation citoyenne face à la dictature des marchés et aux destructions d’emploi, bien au contraire. S’en prendre aux Roms ne suffira donc nullement à gagner les suffrages populaires. Cela ne peut que diviser, affaiblir là où il faut rassembler, agir. Singer la droite ? C’est décidément un mauvais calcul.

Il ne suffira pas davantage de renvoyer cette réalité migratoire à son origine – en l’occurrence la Roumanie, ainsi que la Bulgarie. Comme dans de nombreux pays de l’Europe de l’Est, la violence ordinaire vis-à-vis des « Tsiganes » se poursuit et risque de s’intensifier à mesure que la situation économique se dégrade. En même temps, la légitimation par l’État français de leur caractère indésirable ne peut que renforcer ce racisme.

Surtout, plutôt que de faire peser cette migration sur les gouvernements nationaux d’origine, comme l’a fait le ministre de l’Intérieur, il faut faire valoir une responsabilité de l’Union au lieu de mettre en péril l’idéal européen en la réduisant aux politiques néolibérales sans même la caution des droits de l’homme. Bref, il faut que Viviane Reding, commissaire européenne aux Droits fondamentaux, parle haut et fort comme en 2010, et non qu’elle soit réduite au silence face à l’État français.

Nous ne ressentons pas moins d’indignation qu’alors ; en revanche, notre colère est plus grande. Pourquoi changer de Président, sinon pour changer de politique ? Or plus ça change, plus c’est la même chose : les Roms sont encore et toujours pris pour boucs émissaires. Au lieu de jouer à son tour sur les peurs et les ressentiments, ce gouvernement aurait pu faire le pari des valeurs démocratiques : la liberté et l’égalité, pour les Roms aussi. Nous en sommes loin. Après l’éviction de la droite éhontée, on assiste à l’avènement d’une gauche honteuse.

Aujourd’hui, nous voulons donc interpeller la majorité gouvernementale :
Rien ne vous oblige à ce choix. Il est contraire aux principes que vous revendiquez ; pour autant, il n’est pas davantage dans vos intérêts. Votre responsabilité n’en est que plus grande. Nous vous tenons donc comptables aujourd’hui, comme l’histoire vous tiendra comptables demain, de cette banalisation de la xénophobie et du racisme par l’État français, au mépris des leçons du passé et des menaces qui pèsent sur l’avenir.

vendredi 10 août 2012

La trahison

Deux ans après le scandaleux discours de Nicolas Sarkozy, à Grenoble, au sujet des "Roms et gens du voyage", le nouveau gouvernement expulse, à Lille, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Paris (XIXe), Marseille, Lyon, etc... À l'expulsion des terrains s'ajoutent même des expulsions de France par charter (via l'aéroport Lyon Saint-Exupéry).

Toutes les tentatives de justification, dont celle qui consiste à dire qu'il ne s'agit que de l'application de décisions de justice, masquent mal une véritable trahison ! Ou bien Manuel Valls, Ministre de l'Intérieur, désavoue la politique annoncée par le candidat Hollande, ou bien c'est le Président de la République lui-même qui trahit son engagement du 27 mars dernier, pris dans un courrier à Romeurope : "on ne peut continuer à accepter que des familles soient chassées d'un endroit sans solution". Or, c'est le cas.

Nous ne voyons, pour le moment, pas de différence entre la politique Sarkozy-Guéant et la politique Hollande-Valls à l'égard des Rroms. Les politiciens de droite ricanent ou, carrément, se réjouissent. La chasse aux Rroms est rouverte. Au moment où les tensions sociales se développent et où l'Europe subit une régression économique, il est particulièrement dangereux de donner des arguments à ceux qui recherchent des boucs émissaires.

Les questions de fond, dont dépend le sort des familles, n'étant pas abordées, le statu quo conduit à constater l'occupation illicite de lieux de vie, le développement de bidonvilles et l'étalement de la misère sous les yeux de citoyens choqués. On dépose plainte sur plainte. La justice ne peut qu'ordonner l'évacuation des terrains occupés sans droit ni titres. Les Rroms quittent les emplacements qu'ils occupaient, d'eux-mêmes ou contraints, pour aller, au hasard, dans l'angoisse et le stress, s'installer ailleurs, en attente de nouvelles décisions de justice et de nouvelles expulsions.

Quelles sont ces principales questions de fond qu'aucun Gouvernement ne veut ou ne sait aborder ?

- Les 15 millions de Roms d'Europe, à 95% sédentaires, et notamment ceux qui vivent dans les 27, bientôt 28 États, de l'Union européenne, sont-ils, oui ou non, nos concitoyens et, à ce titre, ont-ils les mêmes droits et devoirs que tous les autres Européens ? Si oui, comment en tient-on compte ?

- Les Rroms roumains ou bulgares vivant en France, environ 15 000 personnes, c'est-à-dire 1% des Rroms d'Europe, une faible minorité donc, ont-ils, oui ou non, depuis janvier 2007, comme ressortissants de l'Union européenne, le droit de circuler librement et par conséquent de s'installer, car nul ne se déplace sans avoir à faire halte. Si oui, comment en tient-on compte ?

- Suffit-il de démanteler les bidonvilles pour les supprimer ? Les familles qui ont choisi, depuis souvent des années, de vivre en France, qui y ont pris leurs habitudes et s'y sont fait des connaissances, ne rentreront pas dans leur pays d'origine où ils ont trop souffert. Les autorités françaises ne perdent-elles pas, oui ou non, leur temps et notre argent en tentant d'obliger les familles à repartir vers l'est, de force, ou en les traquant, alors qu'elles finissent presque toujours par revenir ? Si oui, comment en tient-on compte ?

- Les Rroms, notamment les étrangers, ne connaissent la caravane que comme un abri et ne sont nullement nomades ? Pourquoi alors, dans les administrations comme dans les prétoires, les assimiler encore aux "gens du voyage", c'est-à-dire aux Français vivant en habitat mobile ? Allons-nous, oui ou non, enfin comprendre que nous sommes nous-mêmes victimes de confusions, faites entre des populations qui ont une origine historique commune mais qui n'ont pas les mêmes modes de vie ? Si oui, comment en tenir compte ?

- N'y a-t-il pas lieu de nous interroger sur les raisons pour lesquelles il est fait obstacle à l'insertion des Rroms parce qu'ils n'ont jamais connu, au cours des siècles derniers, ni assimilation ni intégration au sein de nos sociétés ? Autrement dit, reconnaissons-nous, oui ou non, la réalité de la diversité humaine et acceptons-nous que certains de nos semblables (qui ne sont pas nos identiques !) aient une culture et une approche du monde différentes de celles qui sont les nôtres ? Si oui, comment en tenir compte ?

- Allons-nous, oui ou non, mettre fin aux mesures transitoires relatives à l'emploi qui, jusqu'au 31 décembre 2013, et peut-être au-delà, condamnent les Rroms au travail au noir, à la mendicité et aux récupérations précaires ? Si oui, comment y parvenir à court terme ?

- Les fausses solutions, qui limitent au démantèlement la suppression des bidonvilles, non seulement déplacent et dispersent les phénomènes sans les régler, mais engendrent des nuisances environnementales et physiques affectant la vie même des familles et notamment des enfants. Allons-nous, oui ou non, sortir du cercle infernal dans lequel nous nous sommes enfermés avec les Rroms en les fragilisant, en les précarisant, au risque de les conduire vers des comportements de survie aberrants voire délictueux ?

"Je souhaite, écrivait encore François Hollande, que lorsqu'un campement insalubre est démantelé, des solutions alternatives soient proposées". Au-delà du souhait, il y a la nécessité ! Où sont les solutions alternatives proposées ? Si elles ne sont pas prêtes et suffisamment encore étudiées, quand va-t-on commencer à les rechercher, à les travailler, à les examiner avec l'aide des services et des associations qualifiées et bien entendu, avec le concours des intéressés eux-mêmes ? Là est l'urgence et non pas dans la précipitation vers la mise en œuvre de mesures brutales et, in fine, inefficaces.
Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran